Si demain de Camille Hardouin et le style de communication "Limites"

Récemment j’ai décidé de rafraîchir mes souvenirs sur le style de communication des différents ennéatypes, et notamment de retravailler sur celui du 6, le style « Limites », qui m’avait un peu donné du fil à retordre lors du stage Communication.

Or je caresse en parallèle un projet de présentation des ennéatypes à travers des chansons évocatrices d’un type et si possible chantées par l’auteur appartenant à ce type. Dans mes recherches, je suis tombée sur Camille Hardouin à travers la chanson « Si demain » . Dans un premier temps, la chanteuse m’évoquait fortement le 4 (singularité et recherche d’authenticité brute dans l’utilisation de la voix, mélancolie du thème, recherche d’originalité dans les vêtements et la présentation de soi…) Le joli documentaire Et en avant toute n’avait pas spécialement contredit mon intuition. De surcroît, la thématique du « coupons court pour partir au sommet de notre splendeur romantique» est récurrente chez Barbara, une 4 notoire !

Et puis, en tentant de mieux cerner le style de communication « Limites » du 6, j’ai réentendu cette chanson et elle m’est apparue sous un tout autre angle.

Voici l’intégralité des paroles :

Je ne te dirai pas des mots doux des promesses
Car ils restent dans l’ombre comme de vieux requins
Et tournent sans répit dans un coin de ma tête
Rappelant le passé et ayant toujours faim

La vie m’a abîmée à force de promesses
Et pour ce soir tes yeux me donnent faim de caresses
Reste un peu si tu veux parce que moi je veux bien

Je me rappellerai ton sourire et tes mains
Et je n’aurai pas mal et je n’aurai pas peur
Et jamais la douceur que tu me donneras
Ne sera abîmée si demain tu t’en vas

Promets moi seulement de ne pas revenir
De m’aimer simplement pour un temps éphémère
Nous ne passerons pas nos vies à nous mentir
Mais une seule nuit à nous être sincères

Il serait plus prudent de ne rien partager
Mais ta bouche mais ton corps mais tes yeux mais ta peau
Me crient bien au contraire qu’on ne peut réparer
Les blessures de la vie que grâce à ses cadeaux

Et pour ceux qui me jugent ils ont bien de la chance
De pouvoir me juger du haut de leur bonheur
C’est qu’ils n’ont jamais eu à sentir le goût rance
Des promesses trop mûres qu’on vous met dans le cœur

J’ai moi aussi jugé d’autres filles légères
Je crois que simplement cela me faisait peur
Et je ne savais rien des solitudes amères
Où l’on fait comme on peut pour un peu de douceur

Tu peux bien regarder mon sourire et mes mains
Car tu n’auras pas mal et tu n’auras pas peur
Et jamais la douceur que l’on se donnera
Ne sera écorchée si demain tu t’en vas

Promets moi seulement de ne pas revenir
De ne pas vouloir plus que ce présent bonheur
Te dire au revoir m’arrache le sourire
Mais parfois les désirs sont moins forts que les peurs

Nous ne trouverons jamais nos baisers ordinaires
Nous ne nous ferons pas mal, en nous voulant du bien
Nous n’aurons pas d’aujourd’hui nostalgique d’hier
N’attendons surtout pas un peu trop de demain

Je peux me rappeler ton sourire et tes mains
Et non je n’ai pas mal et non je n’ai pas peur
Et jamais ce qu’on s’est échangés cette nuit
Ne me sera volé, ne me sera repris, non
Jamais la douceur offerte cette nuit
Ne sera effacée, puisque tu es parti.

Il m’est apparu que la problématique du 6 était bien présente dans ce texte, avec des mentions récurrentes à la peur, à la prudence, à la loyauté.

Par exemple pour la peur :

Je me rappellerai ton sourire et tes mains
Et je n’aurai pas mal et je n’aurai pas peur

Décliné par trois fois dans le refrain :

Tu peux bien regarder mon sourire et mes mains
Car tu n’auras pas
mal et tu n’auras pas peur

Je peux me rappeler ton sourire et tes mains
Et non je n’ai pas mal et non je n’ai pas peur

Mais aussi :

J’ai moi aussi jugé d’autres filles légères
Je crois que simplement cela me faisait peur

Et :

Te dire au revoir m’arrache le sourire
Mais parfois les désirs sont moins forts que les peurs

Pour la prudence :

Il serait plus prudent de ne rien partager

Le style « limites » me paraît bien cerné par la notion de prudence puisqu’il s’agit, notamment à travers la suspicion, d’une « protection contre un éventuel rejet à venir et d’une « hésitation relative à ses chances de succès et à ses projets », exprimée de façon à ce qu’il soient « maintenus dans des limites permettant de les gérer » (notes de stage).

Ce qui est parfaitement résumé par :

N’attendons surtout pas un peu trop de demain

En somme, la chanson explique et justifie une limite imposée à la relation pour éviter la récidive d’une rupture de la loyauté – la promesse étant dans ce contexte une entorse au style limites, puisqu’on peut potentiellement ne pas la tenir :

Je ne te dirai pas des mots doux des promesses
Car ils restent dans l’ombre comme de vieux requins
Et tournent sans répit dans un coin de ma tête
Rappelant le passé et ayant toujours faim

La vie m’a abîmée à force de promesses

Et :

C’est qu’ils n’ont jamais eu à sentir le goût rance
Des promesses trop mûres qu’on vous met dans le cœur

Néanmoins, le besoin de réassurance n’hésite pas à demander une paradoxale promesse (vive l’ambivalence) :

Promets moi seulement de ne pas revenir
De ne pas vouloir plus que ce présent bonheur

Pour la loyauté (avec un peu de « limites » au passage) :

Nous ne passerons pas nos vies à nous mentir
Mais une seule nuit à nous être sincère

Toutes les formulations négatives (23 au total !) me semblent aller dans le sens d’une mesure favorisant des « limites gérables » (on ne s’aventure pas à affirmer ce que sera demain, mais ce qu’il ne sera pas). Quelques exemples :

Promets moi seulement […] De ne pas vouloir plus

Je ne te dirai pas…

Nous ne trouverons jamais…

Nous ne nous ferons pas mal,
Nous n’aurons pas d’aujourd’hui…

Il y a enfin la prudence et la mesure du très joli

Reste un peu si tu veux parce que moi je veux bien

En conclusion, la chanson me paraît constituer un tel aperçu éclairant sur le style de communication « Limites » que je m’en vais creuser la question du typage de Camille Hardouin en 6 ! :blush:

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Bonjour TirNaNog,

Merci pour cette belle analyse !
Je ne connais pas particulièrement Camille Hardouin, mais à la seule lecture des paroles, le style limites du 6 est en effet un bon candidat :slight_smile:

La tentation du 4 est souvent présente lors de la lecture de chansons ou de poésie. Les 4 et les 6 ont deux styles différents d’auto-dévalorisation. Mais telle que ton analyse le montre bien, le style limites est tout à fait possible. Que cela soit effectivement du 6 ou pas, cela en est en tout cas une belle illustration.

Merci encore!

Très amicalement,
Patrick